Il semblait maintenant que la véritable mission de Bilbo, la cambriole, doive commencer. C’est en tout cas ce que Thorïn laissait entendre, sans véritablement le dire pourtant. Mais le message était suffisamment clair pour Bilbo, il devait pénétrer au cœur de la Montagne Solitaire à la rencontre de Smaug.
Accompagné pour un temps par Balïn, Bilbo se retrouva bientôt seul à progresser dans le tunnel. Même si celui-ci avait été creusé par les nains, droit et régulier (au contraire du tunnel des gobelins), il n’en était pas pour autant de nature à rassurer Bilbo et une fois encore il regretta le Comté et sa quiétude. Mais, son anneau magique au doigt, il progressait courageusement.
Bientôt l’atmosphère changea avec des rubans de vapeur et une température en hausse qui le faisaient transpirer alors qu’il observait une lueur rougeâtre qui se faisait de plus en plus intense au fur et à mesure de sa progression. Un son étrange se fit également entendre, comme un grondement, nul doute qu’il entendait là le son d’un gigantesque animal endormi.
Bilbo fit preuve d’un extraordinaire courage et franchit les derniers pas qui le séparaient de l’ouverture du tunnel devant lui. Il vit alors Smaug, un dragon immense, rouge doré, endormi profondément. De la fumée s’échappait de ses naseaux car même dans son sommeil le feu couvait en lui. En dessous et éparpillées dans tous les recoins d’une salle immense des richesses dont l’étendue était sans aucune mesure avec ce que Bilbo avait imaginé. L’or côtoyait l’argent, les joyaux et les gemmes, des objets superbement ouvragés et autres richesses difficilement concevables.
Bilbo reprit conscience après la vue de ce spectacle puis sur une inspiration soudaine sauta de l’ouverture du tunnel pour s’emparer d’une grande coupe et, aussi vite qu’il le put, il rejoignit ses compagnons nains. Il ne croyait pas vraiment ce qu’il venait de faire, il était désormais bel et bien un cambrioleur !
Les nains furent ravis de voir revenir Bilbo sain et sauf mais peut-être plus encore de voir la coupe qu’avait ramené Bilbo, le trésor est toujours là, et ils en oublièrent presque Smaug. Mais un dragon ne saurait se faire dépouiller la moindre piécette sans qu’il s’en rende compte. Et c’est précisément alors que les nains fanfaronnaient de leur fortune (très partielle) retrouvée que le dragon entra dans une colère terrible. Il avait bien entendu quelques bruits et un courant d’air provenant de la petite ouverture dans la salle mais ce qu’il avait pris pour son imagination – qui oserait venir le déranger, lui ?! – s’avéra réel ! Il sortit alors de la salle et s’éleva dans les airs, crachant des jets de flammes vertes et écarlates, pour aller réduire en cendre les intrus.
Et, une fois encore, ce fut Bilbo qui eut la présence d’esprit de faire rentrer tous les nains dans le tunnel et d’en fermer la porte pour échapper à la vue de Smaug. Malheureusement, les poneys n’eurent pas cette chance et s’enfuirent, espérant échapper à la colère du dragon. Ce dernier fut déçu de ne pas trouver les intrus mais sa colère et sa rancune restaient intactes, il se vengerait.
La compagnie des nains et Bilbo pendant ce temps étaient toujours dans le tunnel et débattaient de ce qu’il fallait faire. Sortir au grand jour – avec les risques associés – ou rester dans le tunnel. Pour en terminer et tâcher de trouver une solution et le point faible du dragon, s’il devait y en avoir un, proposa de retourner dans la salle et d’observer ce que faisait Smaug. C’est ainsi que le dragon engagea la conversation.
Bilbo était invisible mais le dragon pouvait sentir son odeur, l’air qu’il déplaçait et entendre son souffle. Le dialogue mélangea flatterie et malice et Bilbo en vient, s’il ne prononça pas son propre nom, à se dénommer « l’Enfourcheur de tonneaux » et s’en fut bien assez pour que Smaug comprenne que ce « voleur » avait été aidé par les hommes de Bourg-du-Lac. Smaug lui apprit aussi qu’il savait Bilbo accompagné de nains (il avaient mangé 6 poneys et avait senti l’odeur des nains). Pourtant, il ignorait toujours ce qu’était Bilbo, jamais il n’avait senti ni rencontré un Hobbit auparavant…
Mais cela n’empêcha pas Smaug d’instiller le doute dans l’esprit de Bilbo quant à la promesse des nains et des richesses qu’ils pourraient lui attribuer. Pourtant, c’est bien de vengeance dont il était question pour Bilbo et ses compagnons, vengeance pour les souffrances infligées par Smaug mais celui-ci ne fit qu’en rire, se disant invulnérable, protégé sur le dos par sa cuirasse et sur le ventre par les innombrables gemmes incrustées dans sa peau. Il ne savait cependant pas, et Bilbo le vit, qu’il y avait un énorme défaut dans l’armure du dragon : l’aisselle gauche était dénudée et laissait apparaître la peau…
Bilbo s’enfuit de nouveau, pourchassé par le feu du dragon à tel point qu’il fut brûlé et perdit connaissance. A son réveil, il raconta sa discussion avec le dragon – à part son échange sur les intentions des nains – et comment il avait été berné. Mais bien chanceux serait celui qui ne laisserait échapper aucune information lors d’une conversation avec un dragon tant leur malice était grande. Bilbo en était affecté et de fort mauvaise humeur, à tel point qu’il lança une pierre vers la grive qu’il avait déjà vu sur le campement précédemment – il avait l’impression que celle-ci les écoutait.
Une fois encore les amis tentèrent de trouver comment se débarrasser du dragon. C’était une chose de voler une coupe, c’en était une autre de récupérer toutes les richesses et le royaume de Thorïn. Les nains, amoureux et fascinés par toutes ces richesses à portée de main étaient subjugués par leur espérance et mentionnait particulièrement « La Pierre Arcane » comme le plus beau des joyaux au Monde. Thorïn aurait cédé une bonne part son trésor pour la retrouver.
Bilbo ne prêtait pas attention à leur discussion mais fut soudain saisi d’une intuition et demanda urgemment aux nains de s’abriter dans le tunnel et de fermer la porte. Intuition heureuse car le dragon avait quitté son repaire en toute discrétion et s’abattit sur le flan de la montagne où ils étaient réfugiés. Il cracha des flammes, rugit, frappa la pierre de sa puissante queue et c’est tout le flanc de la montagne qui s’effondra, obstruant la sortie du tunnel. Les nains et Bilbo était prisonniers de la montagne…
Mais Smaug ne s’arrêta pas là et se souvint de l’aide que les hommes du Lac apportée aux intrus. Il avait une autre vengeance à assouvir et aller leur rappeler qui était le véritable roi sous la Montagne…